En 2019, les actionnaires des grandes entreprises et banques continuent de s’affirmer comme des acteurs à part entière dans la mobilisation de la société civile luttant contre le dérèglement climatique.

Les Assemblées Générales, lieu privilégié de « l’activisme actionnarial »

Cette année encore, les Assemblées Générales des entreprises ont été l’occasion de placer leurs attentes concernant les grands enjeux sociétaux sur le devant de la scène. Les entreprises pétrolières ont largement été visées par des résolutions de leurs actionnaires.

Les actionnaires de la firme britannique BP ont largement soutenu la résolution déposée par 58 investisseurs internationaux, représentant près de 10% du capital, pour rendre le pétrolier plus transparent sur ses émissions de gaz à effet de serre. Sept des 20 plus grands actionnaires de BP ont signé la résolution. Quelques heures avant l’AG, le président de BP a publié une tribune pour exprimer son soutien à la résolution : « Nous allons pousser les actionnaires à soutenir la résolution (…) qui appelle à une plus grande transparence de la part de BP sur la manière dont notre stratégie est alignée avec les objectifs de l’accord de Paris de 2015 sur le changement climatique ». Elle a été approuvée à 99,14% par les actionnaires de BP. Néanmoins, la résolution plus contraignante déposée par le groupe “Follow This” enjoignant l’entreprise à réduire ses émissions de l’exploration jusqu’à l’utilisation des produits par le consommateur final, n’a pas été adoptée.

Shell a fait l’objet d’une campagne similaire de la part de ses investisseurs. Les actionnaires réunis au sein de Follow This lui ont adressé une résolution pour la contraindre à accélérer la mise en œuvre des accords de Paris. Mais le groupe d’actionnaires a choisi de renoncer, estimant que Shell avait déjà fait des avancées dans le bon sens. La compagnie anglo-néerlandaise s’est en effet engagée à se fixer des objectifs de réduction nette d’émission de gaz à effet de serre, en prenant en compte les émissions de ses clients – objectifs critiqués par certaines ONG.

Les entreprises américaines subissent jusqu’ici moins de pression de la part de leurs actionnaires, et lorsqu’une mobilisation existe, elle aboutit plus rarement. Ainsi, plusieurs actionnaires d’Exxon Mobil avaient déposé une résolution l’obligeant à fixer des objectifs en termes de réduction de gaz à effet de serre, qui n’a pas été soumise au vote par l’entreprise. Exxon Mobil avait déposé une requête en ce sens auprès de la Securities and Exchange Commission, sur le motif que la résolution “interférait dans les responsabilités de management” du Conseil d’Administration. Le gendarme américain de la bourse a été convaincu et a autorisé l’entreprise à la rejeter en amont de son Assemblée Générale. Cette décision a ainsi permis à l’entreprise d’éviter les revendications de certains de ses actionnaires. Cependant, ce mois-ci, le fonds d’investissement Legal & General, l’un des actionnaires les plus importants d’ExxonMobil, a annoncé céder une importante part de ses actions et ouvrir des consultations avec ses partenaires, car il envisage un désinvestissement total, affirmant que l’entreprise ne parvenait pas à lutter contre le changement climatique. Par ailleurs, selon Bloomberg, plusieurs autres entreprises sont sur le point de désinvestir des compagnies énergétiques en raison de leur inaction pour le climat.

Les actionnaires, cibles et alliés potentiels des ONG environnementales

Les actionnaires sont des acteurs particulièrement visés par les ONG lors des Assemblées Générales, signe de leur influence. Les actionnaires de la Société Générale, Natixis, et le Crédit Agricole ont été cette année les cibles des partisans du désinvestissement des énergies fossiles. Des militants ont ainsi profité de l’Assemblée Générale de la Société Générale pour prendre à partie la direction et les actionnaires, en posant des questions sur la stratégie climatique de la banque, notamment concernant ses investissements dans le gaz de schiste.

En outre, ils peuvent être également des alliés pour certaines ONG. L’organisation CDP (précédemment Carbon Disclosure Project aujourd’hui renommé Disclosure Insight Action) a publié ce mois-ci un rapport public sur sa campagne annuelle de non-divulgation, qui recueille auprès de 7000 entreprises des informations sur leurs pratiques environnementales. Dans le cadre de cette campagne, 88 investisseurs (dont HSBC Global Asset Management ou Candriam), représentant environ 10 000 milliards de dollars d’actifs, ont ciblé 707 entreprises pour ne pas avoir suffisamment communiqué de données sur le changement climatique, l’utilisation des ressources en eau et la déforestation, dont Exxon Mobil, Amazon et Volvo. Le CDP compte sur le poids de ces investisseurs pour contraindre les entreprises à plus de transparence et d’engagements en faveur du climat et de la biodiversité.