Leapfrog ou fracture: Où en est la digitalisation des pays émergents?

Une étude Archipel&Co

Ⓒ Archipel&Co

La digitalisation des pays émergents est indéniable. Ses implications cependant sont plus discutées. D’un côté, un discours optimiste souligne que les innovations liées au numérique ont permis aux acteurs économiques des marchés émergents de sauter des étapes et accélérer leur développement par un effet « leapfrog ». De l’autre, un discours pessimiste s’alarme de voir la fracture numérique se creuser.

Une compréhension complète et nuancée de la digitalisation des pays émergents passe par une évaluation de la digitalisation du secteur informel qui emploie 60% de la population active mondiale. Vers lequel de ces deux discours tranchés, l’un romantique et l’autre dramatique, se rapproche la réalité des usages numériques de ces micro-entrepreneurs du secteur informel dans les pays émergents ?

Cette réalité est mal comprise et peu étudiée. Par conséquent, les services numériques visant à accompagner les travailleurs informels dans leur activité ne sont pas suffisamment adaptés. Si beaucoup d’initiatives existent dans ce domaine, très peu réussissent à toucher leur cible. Pourtant, les enjeux économiques et sociaux d’une inclusion numérique sont de tailles. Non seulement en terme de génération de profit pour les entreprises mais aussi en terme d’amélioration du niveau de vie pour les micro-entrepreneurs de l’économie informelle.

Face à ce constat, Archipel&Co a lancé, en partenariat avec Adeo, Air Liquide, Axa, Orange et Veolia, une étude approfondie intitulée « Inclusion numérique : libérer le potentiel des travailleurs informels. » L’objectif de cette étude est de comprendre les pratiques numériques des micro-entrepreneurs, d’identifier les freins et les leviers clés pour réussir à développer des outils numériques dédiés aux activités des micro-entrepreneurs informels.

Inclusion digitale: des profils variés selon les secteurs d’activité

Le premier volet de notre étude est une enquête de terrain, qualitative et quantitative, effectuée auprès de 600 micro-entrepreneurs informels dans les villes de Pune en Inde, de Nairobi au Kenya et d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Cette enquête nous apprend que même si le smartphone s’impose de plus en plus comme la norme, son usage professionnel reste limité à la fonction voix et à l’usage des réseaux sociaux. Des inégalités économiques et sociales persistent, marquant des écarts au sein des travailleurs interrogés en terme d’usages, de besoins et d’aspirations numériques dans le cadre professionnel.

Les micro-entrepreneurs interrogés dans le cadre de cette étude sont issus de trois secteurs d’activité où les usages professionnels du numérique sont peu développés et très différenciés : la distribution (vendeurs de rue fixe ou mobile, petites boutiquiers), l’artisanat (services à domicile comme plomberie ou électricité) et la gestion des déchets (collecteurs, trieurs, et revendeurs). Les professionnels de la distribution étant les plus établis, de même pour certains artisans, ils ont un usage plus poussé du numérique et le perçoivent comme un levier de développement. C’est moins le cas des travailleurs du déchet, qui sont plus précaires et peu équipés en outils digitaux.

Retrouvez l’article complet sur les usages et aspirations des travailleurs de l'économie informelle dans ces trois villes.

Digitaliser le secteur informel: les startups qui ont réussi

La promesse du digital nourrit beaucoup d’espoirs dans les pays émergents. Après le mobile banking, d’autres pans de l’économie informelle pourraient être révolutionnés rapidement par le digital. Bien que peu d’acteurs puissent aujourd’hui être considérés comme des licornes, des entrepreneurs ont testé de nombreuses idées, connaissent de mieux en mieux leur cible et peuvent capitaliser sur une expérience riche dans le domaine.

Archipel&Co a identifié des acteurs innovateurs développant des services digitaux dédiés aux micro-entrepreneurs informels des pays émergents dans trois secteurs : distribution, artisanat, déchet, et dans trois zones géographiques : Inde, Afrique et Amérique Latine.

Ces cartographies ne sont pas exhaustives.

Une cinquantaine de rencontres avec des start-up, fonds d’investissement et incubateurs, nous ont ainsi permis d’identifier cinq bonnes pratiques à suivre pour les acteurs essayant de digitaliser le secteur informel :

  1. Miser sur des technologies basiques, particulièrement le USSD, et des applications déjà massivement utilisées par les travailleurs informels, comme WhatsApp ou Facebook.
  2. Créer un lien avec un groupe d’acteurs informels motivés et dédiés pour accompagner l’élaboration du service.
  3. Construire une relation de confiance avec les travailleurs informels en déployant des équipes terrain et à travers des efforts de branding pour garantir la crédibilité et la qualité du service.
  4. Offrir des avantages financiers à court terme et extra-financiers à long terme pour convaincre les travailleurs d’utiliser le service et les fidéliser.
  5. Collaborer avec les acteurs existants, en particulier les entreprises, et diversifier les services proposés pour assurer le passage à l’échelle et la génération de profits.

La promesse du digital pour libérer le potentiel du marché informel est tentante. Cependant, le retour d’expérience des startups interrogées montre que la route est longue et périlleuse. S’il semble contradictoire de déployer autant d’efforts sur le terrain pour la mise en place d’une solution soit disant digitale, les entrepreneurs sont optimistes et convaincus que le marché est en train de se développer.

Retrouvez l’article complet sur les cinq défis de la digitalisation du secteur informel.

A la suite d’entretiens approfondis avec des startups particulièrement prometteuses, Archipel&Co a réalisé des études de cas retraçant leurs parcours et leurs modèles. La clé de leur succès ? L’élaboration d’un service faite sur le terrain et une connaissance pointue des usages, besoins et aspirations de leur population cible.

Retrouvez l'article complet sur la perspective des incubateurs et fonds d'investissements sur la digitalisation du secteur informel. 

Les tendances de digitalisation des activités des micro-entrepreneurs dans les pays émergents sont à suivre de près. Des leviers et bonnes pratiques commencent à émerger et ouvrent des opportunités à ne pas manquer.

  • Suivez l’évolution de ces sujets en nous suivant sur Twitter et LinkedIn.
  • Obtenez plus d’informations sur notre étude et Archipel&Co en contactant Pauline Lebas (pauline.lebas(at)archipel-co.com).

Suivre Archipel, le média de l'économie inclusive:
Inscrivez-vous et recevez nos dernières publications: