La notion d’économie informelle est paradoxalement à la fois très populaire et très critiquée.

De nombreux experts sont en effet peu à l’aise avec cette notion qu’ils jugent imprécise. Ils lui reprochent de recouvrir des réalités très différentes, allant des stratégies de survie des ménages vulnérables, jusqu’aux trafics criminels. « Le mot a fait fortune justement à cause de son imprécision », explique Bruno Lautier, auteur de plusieurs livres sur l’économie informelle.

La notion de secteur informel est déjà ancienne : elle a été introduite en 1971 par l’économiste Keith Hart pour mieux rendre compte de l’économie réelle qui échappait souvent dans les pays du Sud aux indicateurs officiels dans de nombreux pays du Sud (voire du Nord…).

Il s’agit en premier lieu de l’emploi.

Le secteur informel signifie ainsi l’absence de contrat de travail défini et par conséquent l’absence de protection sociale et de droits syndicaux. Le concept de secteur informel désigne par extension la non-déclaration de leurs activités par les agents économiques et la  non-intégration dans la comptabilité nationale et les indicateurs officiels. Cela recouvre de facto les micro-entreprises (moins de 10 personnes), très rarement enregistrées dans la statistique nationale en Afrique notamment.

Le secteur informel fait à cet égard l’objet de points de vue polarisés de la part des sociologues et économistes du développement. Certains auteurs cherchent ainsi à montrer tous les dangers que recèle l’économie informelle tandis que d’autres font l’apologie d’un système de micro-entrepreneurs dynamiques et créatifs à l’image d’Hernando de Soto, pour qui le secteur informel est avant tout « la réponse des populations, à la fois spontanée et créative, à l’incapacité de la puissance publique de répondre aux besoins élémentaires de la grande majorité des habitants »

En réalité, le débat porte moins sur l’opposition entre formel et informel que sur la manière dont les règles sont édictées et ceux à qui à qui elles profitent ou nuisent. Laurence Fontaine et Florence Weber l’expliquent judicieusement : C’est l’un des nombreux paradoxes de l’économie informelle : l’économie informelle peut être à la fois source de liberté et de servitude et il est indispensable d’analyser non pas l’économie informelle comme un tout positif ou négatif mais bien de savoir distinguer parmi les règles économiques celles qui protègent les faibles de celles qui les enferment dans un statut inadapté. La question centrale devient donc : à qui profite les règles et, du même coup, à qui nuit leur transgression ?