Plus de la moitié de la population mondiale touchée par l’extrême pauvreté vit aujourd’hui dans la région Asie-Pacifique. Plus grave encore, si les tendances actuelles se confirment, la région n’aura atteint aucun des objectifs du développement durable à l’horizon 2030. Tel est le constat alarmant que dresse le rapport de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP), antenne régionale des Nations Unies, à la suite de sa session de réflexion annuelle – voir un compte rendu ici.

Au nombre de 17, les ODD, ou SDGs – sustainable development goals – se rapportent principalement à trois dimensions du développement durable : la croissance économique, l’inclusion sociale, et la protection de l’environnement.

Si des débats méthodologiques sur le choix des indicateurs de développement existent encore, les ODD constituent aujourd’hui un cadre conceptuel communément adopté pour mesurer le développement dans les pays émergents, au-delà de l’accroissement ou non du PIB – à ce sujet, voir notamment la tribune récente de la sociologue Dominique Méda : « La croissance est-elle la meilleure ou la pire des choses ? ».

Dans ce cadre, la CESAP souligne que si des progrès sont notables en termes de réduction de la pauvreté (ODD n°1) – entre 1990 et 2019, la proportion de la population de la région vivant avec moins de 1.25$/jour (BoP) est passée de 53 à 11%, d’amélioration de la qualité de l’éducation (ODD n°4) et d’accès à l’énergie renouvelable (ODD n°7), d’autres tendances sont plus inquiétantes : certains indicateurs stagnent, voire régressent selon les pays, alors que l’urgence climatique menace de plus en plus les populations les plus précaires.

Les défis du développement diffèrent cependant selon la région considérée. Ainsi, à titre d’exemple, si les pays du Pacifique sont sur la bonne voie en matière d’égalité hommes-femmes (ODD n°5), la région recule en ce qui concerne la lutte contre la famine (ODD n°2).

Par ailleurs, l’absence de données statistiques fiables est un frein considérable à la conception de politiques publiques adaptées – selon le rapport, seuls 36% des ODD peuvent être efficacement mesurés, comme le souligne le graphique suivant :

Ces prévisions pessimistes ne sauraient toutefois faire oublier le levier d’opportunités que représente, pour l’économie inclusive, la multiplication des startups Fintech en Asie, et le flux migratoire croissant des entrepreneurs vers la région – en Chine, à Singapour ou en Inde – comme n’a pas manqué de le rappeler Armida Alisjahbana, secrétaire générale de la CESAP.

En définitive, comme dans nombre de pays émergents, le défi concerne surtout la répartition des fruits de la croissance, la réduction des inégalités et l’empowerment de la classe moyenne (problématique du missing middle).

Autant d’objectifs qui nécessitent d’adopter une approche multisectorielle, associant les gouvernements, les citoyens et le secteur privé, pour mettre le dynamisme asiatique au service de projets à fort impact social.