Achipel&Co a mené une cinquantaine d’entretiens avec des prestataires de services inscrits sur des plateformes digitales pour mieux comprendre le rôle et l’impact des plateformes par rapport à la situation antérieure de ces prestataires. Cette étude publiée par l’Institut de l’Entreprise a aussi permis de distinguer quatre grands types de profils de micro-entrepreneurs :

  • Les « Malins » qui ont souvent un statut professionnel stable (salarié, fonctionnaire, etc.) et optimisent leur temps pour arrondir leurs fins de mois ;
  • Les « Serviables » qui sont placés dans une situation similaire mais privilégient la proximité et le sens de la solidarité ;
  • Les « Micro-franchisés » qui valorisent l’indépendance au travail et souhaitent généralement développer une activité principale indépendante à plus ou moins long terme en s’appuyant principalement sur des plateformes « quasi-opérateurs » ;
  • Les « Contraints » qui faute de trouver un emploi stable et salarié sont dans l’obligation de proposer de petits services à des particuliers dans une logique de survie au quotidien.

Les plateformes peuvent constituer en effet à la fois une source de progrès social en démocratisant l’accès à l’initiative économique pour la majorité des personnes interrogées mais restent un facteur potentiel de précarisation et de fragilisation du modèle social, notamment pour les publics les plus vulnérables. Alors que les profils « Malins » et « Serviables » cumulent à la fois les avantages liés à leur statut juridique stable (assurance chômage, sécurité sociale plus avantageuse, etc.) et à leurs revenus complémentaires facilement mobilisables, la situation est plus ambiguë pour les « Contraints » qui font face à une concurrence souvent féroce sur les « places de marché » et ne disposent souvent d’aucun statut complémentaire pour leur assurer un peu de sécurité. Enfin, les « Micro-franchisés » se sont lancés dans une logique de pérennisation de leurs activités en utilisant des plateformes « quasi-opérateurs » et en adoptant un statut indépendant, souvent d’auto-entrepreneur. Pour ces derniers, l’indépendance offerte par les plateformes digitales est souvent un facteur de motivation et témoigne d’une deuxième dynamique à l’œuvre dans l’avènement de l’économie collaborative : l’émergence de nouvelles aspirations au travail.

Ce texte s’inspire de l’étude « La France du Bon Coin » écrite par David Ménascé et Mathilde Martin-Moreau, publiée par l’Institut de l’Entreprise en 2015.