L’utilisation du mot « micro-entrepreneur » pour désigner ces vendeurs du secteur informel est souvent galvaudée. En effet, la plupart d’entre eux ne ressemble en rien à la figure romantisée de l’entrepreneur que l’on imagine souvent : un individu dynamique et toujours à la recherche de nouvelles opportunités économiques.

L’activité des vendeurs informels s’inscrit en effet le plus souvent dans un horizon de temps très court – la semaine, voire le jour pour les plus précaires. Une conclusion rapide consisterait à affirmer le manque d’esprit d’entreprise des acteurs de l’informel. Certains économistes, à l’image d’Esther Duflo, ont souligné le fait que ces personnes ne pouvaient être appelés « entrepreneurs » dans la mesure où leur statut était avant tout le résultat de la contrainte économique (Esther Duflo et Abhijit V. Banerjee, Repenser la pauvreté, Les livres du nouveau monde, 2012) et qu’il fallait éviter de tomber dans le syndrôme du « slumdog entrepreneur » : « tous les vendeurs de thé ne rêvent pas de devenir Starbucks ».

On peut se risquer à une autre analyse : la prise de risque, qui est le principe moteur de l’entrepreneur « classique » est un luxe que ces micro-entrepreneurs ne peuvent pas s’offrir. Il est leur en effet impossible d’acheter des produits nouveaux dont ils ne savent pas, de manière quasi certaine, qu’ils pourront effectivement les vendre. Le boutiquier ou le vendeur de rue traditionnel recherche le plus souvent la réassurance que peuvent amener des produits de marque déjà très connus mais n’a pas la latitude pour ajouter des nouveaux produits à son panier existant. Dans le cadre de plusieurs études menées par le cabinet Archipel&Co ces dernières années en Inde et en Afrique Sub-Saharienne principalement, il est intéressant de noter qu’en moyenne, entre 10 et 20% des boutiquiers et vendeurs de rue interrogés seulement se disent prêts à intégrer un nouveau produit à leur panier existant. Cela s’explique par un rapport au risque très contraint. L’activité de ces vendeurs s’inscrit avant tout dans une logique de demande : ils ne souhaitent vendre que des produits connus et appréciés des consommateurs, qu’ils sont sûrs de pouvoir vendre facilement. Cela explique en partie pourquoi les petites échoppes du monde entier acceptent sans aucun problème de vendre des produits de marques connues comme Coca-Cola ou Unilever, mais rechignent beaucoup plus à commercialiser des produits à fort impact social (lampes solaires ou produits nutritionnellement enrichis par exemple), peu connus des consommateurs et donc considérés comme risqués. Seuls les vendeurs qui disposent d’un certain capital, à la fois social et économique, peuvent se permettre de prendre ce risque.