Le fait urbain s’impose comme une des mutations majeures du monde contemporain. Face à un phénomène d’urbanisation massive (5 milliards de personnes vivront en zone urbaine d’ici 2050, soit 68% de la population mondiale contre 55% aujourd’hui 1), les villes sont confrontées à des défis socio-économiques sans précédent : intégration du secteur informel, adaptation face au changement climatique, logement, mobilité, emploi, éducation, etc.

La réponse à ces défis se fait d’autant plus urgente que les villes sont de plus en plus inégalitaires. Un fossé se creuse entre les populations les plus riches et les plus pauvres : le revenu moyen des 10% les plus riches est aujourd’hui 9,6 fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres dans les pays de l’OCDE, contre 7 fois il y a 25 ans 2. Les inégalités augmentent par ailleurs avec la taille des villes : les aires métropolitaines de plus de 1.5 million d’habitants enregistrent des coefficients de Gini plus élevés en termes de revenus disponibles des ménages. Au-delà des inégalités de revenus, les villes comptent également des inégalités en termes d’accès aux services essentiels, au logement et sont en général plus marquées par un sentiment d’isolement de la part des citadins.

Dans ce contexte, la ville fait l’objet de nombreuses recherches depuis plusieurs années. Plusieurs concepts ont ainsi émergé ces dernières années (la ville intelligente, la ville résiliente, la ville durable, etc.). Parmi ces concepts, celui de ville inclusive est de plus en plus utilisé pour souligner la nécessité de lutter contre l’exclusion sociale et d’offrir des opportunités économiques pour tous à l’échelle de la ville.

Si ces différents concepts se recoupent partiellement (utilisation des TIC, engagement des citoyens, optimisation des infrastructures, etc.), ils convergent tous vers la nécessité de réinventer la ville de demain. Dans le même temps, la diversité des champs qu’ils recouvrent témoigne d’une profonde effervescence, tant intellectuelle qu’entrepreneuriale, autour du concept de la ville inclusive.

Aujourd’hui, les villes sont confrontées à trois enjeux majeurs pour mettre en place des solutions innovantes, rapidement duplicables à grande échelle et répondre au défi de l’inclusion :

  • Faire converger les différentes formes d’innovations et encourager la co-création entre société civile, secteur privé et acteurs publics afin d’identifier des pistes d’action innovantes et de renforcer l’efficacité des initiatives existantes. Dans le même temps, il pourrait être judicieux pour les villes de chercher à faire converger les différentes formes d’innovation, afin d’encourager les innovations de rupture : innovations technologiques (recours aux TIC et infrastructures intelligentes), démocratiques (participation et gouvernance citoyenne), économiques et sociales (nouveaux modèles économiques avec impact, entrepreneuriat social, économie sociale et solidaire), etc.
  • Contribuer à l’évolution du cadre institutionnel, aux côtés des régulateurs et des acteurs concernés, pour accueillir ces nouvelles mutations et s’assurer de leur acceptabilité. A titre d’exemple, les récents débats autour de la réforme de l’économie collaborative témoignent de cette nécessité d’évolution des régulations au niveau de la ville.
  • Créer les conditions du passage à l’échelle des initiatives les plus innovantes. Cela sera notamment possible grâce à une collaboration accrue entre villes, la mise en place d’outils financiers innovants, et le développement de partenariats publics-privés-associatifs ambitieux. Dans ces conditions, les initiatives les plus prometteuses pourront être dupliquées et un véritable changement systémique sera possible à l’échelle des villes.

1 Etude de l’ONU, Revision of World Urbanization Prospects, 2018

2 Rapport OCDE, Making Cities Work for All, 2016